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L’entrepreneuriat social : les clés

L’entrepreneuriat social : les clés

Face à la mort presque programmée du système capitaliste, ou tout au moins son échec à répondre aux besoins de la majorité des populations du monde qui continuent à croupir dans le dénuement et la misère, l’entrepreneuriat social s’offre comme la meilleure alternative pour un développement durable. L’entreprise sociale en quelques étapes.

Par Charles Le Grand Tchagnéno

Une épicerie à Tayap, Cameroun © Silvia Muíña Moirón

Le développement durable se pose de nos jours comme le grand défi mondial. Les Objectifs de développement durable ont ainsi succédé depuis janvier dernier aux Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) dont le tout premier était de lutter contre l’extrême pauvreté et d’assurer le travail décent pour tous à l’horizon 2015. Les résultats mitigés1 des OMD ont-t-il contribué au renforcement de la prise de conscience de la nécessité d’un développement à visage humain ? Tout porte à le faire croire.

En effet, la mobilisation autour de la COP 21 tenue en décembre 2015 à Paris aura été un grand concert de rappel, s’il en était encore besoin, de la nécessité d’un développement qui assure l’épanouissement total de l’homme d’aujourd’hui sans hypothéquer le devenir de l’humanité. Un enjeu auquel l’entreprise traditionnelle, capitalistique, n’a pas su répondre.

 

 

Et l’entreprise sociale ? C’est l’entreprise à visage humain. Celle qui vise moins à accumuler le capital à tout prix et par tous les moyens, qu’à sauver l’homme de la misère, des vicissitudes de son environnement humain et physique. Née quasiment à la même période que la notion de développement durable, elle a souvent été présentée comme la forme d’entreprise susceptible de permettre d’atteindre cet objectif. « la notion d’entrepreneuriat social est devenue tellement inclusive qu’elle regroupe maintenant dans un ensemble immense toutes les initiatives qui bénéficient d’une manière ou d’une autre à la société »2. L’éthique de l’entreprise sociale se traduit dans les principes fondamentaux suivants : la finalité de servir les membres ou la collectivité plutôt que faire profit, l’autonomie de gestion, le processus décisionnaire démocratique et la primauté des personnes et du travail sur le capital dans la répartition des ressources3. Si le projet d’entreprise sociale diffère légèrement de celui de l’entreprise classique, sa grande originalité découle du fait qu’elle est pensée et bâtie pour répondre à un besoin social.

Les étapes de construction d’un projet d’entreprise sociale

L’entreprise sociale répond généralement à trois conditions : un projet économique viable, une finalité sociale et une gouvernance participative.

D’après Thierry Sibieude, Professeur à l’ESSEC de Paris et responsable de la chaire Entrepreneuriat social, les créateurs d’entreprises sociales et solidaires n’échappent pas aux étapes de création d’entreprise classique. Il s’agit d’une forme de création comme une autre, à la différence que « le business model est inversé. Dans ce type de projet, la finalité sociale dépasse la finalité économique. L’entreprise va créer de l’argent mais celui-ci est mis au service d’une cause », affirme-t-il.

La création d’une entreprise sociale nécessite donc la réalisation d’une bonne étude de marché. Parce qu’il s’agit de répondre à un besoin social, le marché est prioritairement celui de la satisfaction de ce besoin. L’étude du marché doit porter sur la pertinence de ce besoin, c’est-à-dire son effectivité, et l’adéquation de l’offre de service et le besoin qui le justifie.

 

 

L’étude rigoureuse du marché doit être suivie par l’établissement d’un plan d’affaire. Cette étape précède celle de la recherche des financements. C’est d’ailleurs la pertinence du projet et le plan d’affaire qui convaincront les financeurs. Il faut noter toutefois que le plan d’affaire peut varier selon la nature des services de l’entreprise et la forme juridique qu’on envisage.

La quatrième étape consiste à choisir la forme juridique de l’entreprise. L’entreprise sociale peut prendre toutes les formes des entreprises classiques. Elle peut aussi prendre la forme d’association à but non lucratif. Tout dépend des objectifs des promoteurs, de leur stratégie et même de l’activité de l’entreprise sociale.

Ainsi peut-on distinguer dans leur forme juridique, entre autres:

  • les Associations à but non lucratif ;
  • les Organisations non gouvernementales (ONG);
  • les Sociétés Anonymes (SA) ;
  • les Sociétés anonymes à responsabilité limité (SARL);
  • les Sociétés à responsabilité limité (SRL), dépendamment des contraintes du cadre juridique et du contexte où s’implante l’entreprise.

Une fois la forme juridique choisie, il va falloir immatriculer l’entreprise auprès des structures compétentes. Ces structures peuvent varier en fonction des pays et même en fonction de la forme juridique de l’entreprise sociale. Dans tous les cas, les démarches à engager en sont conséquentes. La dernière étape est le lancement de l’activité proprement dite. Des structures comme le guichet unique de l’entreprise au Cameroun peuvent orienter les promoteurs dans la démarche adéquate pour leur immatriculation.

L'Afrique : une terre de possibilités pour l'entreprenariat social

L’Afrique regorge encore d’énormes potentialités, secteurs en friche pour l’entrepreneuriat social. A titre d’illustration : 2 % seulement du potentiel énergétique du Cameroun était exploité en 2010 (Présentation de l’économie camerounaise par le GICAM lors de la réunion de travail avec le MEDEF en 2010). Une franche importante de la population n’a pas accès à l’eau et à la santé, alors que le potentiel en énergies renouvelables reste quasi inexploité.

Idem pour l’agro-industrie. La production et la transformation des produits agricoles et d’élevage restent des opportunités à saisir pour résoudre des problèmes de la faim qui mobilisent chaque année d’énormes aides alimentaires à destination de l’Afrique. La domestication et l’élevage de certains rongeurs à l’instar des aulacodes (hérissons) s’avère être non seulement une source importante de revenu, mais une solution au braconnage qui entraîne avec la disparition de certains espèces, des déséquilibres écologiques importants.

Figure : Répartition de l’économie au Cameroun par secteur d’activité (Gicam, 2010).

Quel capital pour une entreprise sociale et où trouver les financements?

Comme toute entreprise, le capital de départ dépend de la nature de l’activité, de l’ambition des entrepreneurs et de la taille envisagée pour l’entreprise. Dans un ouvrage consacré à l’élevage des aulacodes publié sous la collection Agro-Pro en 2012, Lionelle Ngo-Samnick explique qu’un capital d’environ 306 euros permet d'elever seize génitrices et quatre males et de produire 48 aulacodeaux au terme de l’année pour un revenu annuel de 720 euros.

Malgré le contexte difficultueux marqué par un faible taux de bancarisation, les projets bien montés ne manquent pas de preneurs. Cela est davantage valable en entrepreneuriat social dans la mesure où celui-ci répond à un besoin social. Les sources de financements peuvent ainsi dépendre de l’activité et du besoin qu’il cherche à résoudre. Mais aussi de la forme juridique prise par l’entreprise. Les sources de financement possibles sont : la finance solidaire, la philanthropie à risque, l’investissement institutionnel, les fonds propres ou quasi-fonds propres, les marchés des capitaux éthiques ou sociaux, l’investissement individuel et le financement collectif4. Les financements peuvent aussi découler des contributions des membres et de la commercialisation des produits dérivés.

 

 

Dans le cadre de leur mobilisation pour lutter contre la pauvreté et promouvoir le travail décent, les États sous-développés appuyés par l’Organisation internationale du travail, mettent sur pied de nombreux programmes en vue de soutenir l’initiative privée et l’insertion professionnelle. Il s’agit des programmes et structures allant du simple encadrement technique au financement et suivi de l’initiative. Une aubaine pour les entrepreneurs sociaux. Ces structures peuvent varier d’un pays à un autre. Au Cameroun, on peut citer entre autres programmes : le Pajer-U, le PIAASI. Il est donc recommandé de se rapprocher des ministères en charge de l’emploi, de l’entrepreneuriat dans le pays de résidence pour avoir plus d’information.

Une opportunité de développement pour l’Afrique

Le continent africain reste un terreau encore fertile pour l’entrepreneuriat social et solidaire. Des exemples de succès existent. Coopératives5, Organisations non gouvernementales (ONG), Start-up entre autres s’y bousculent.

 

Souvent portés par des étrangers ou par les africains eux-mêmes, sans pouvoir répondre totalement à de nombreux problèmes sociaux qui se posent quotidiennement dans l’un des continents les plus pauvres de la terre. Pourtant le potentiel ne manque pas. Riche en ressources naturelles et humaines, les experts s’accordent à reconnaître dans le potentiel de développement de l’Afrique l’avenir du monde. Reste à la jeunesse africaine de se saisir de ces opportunités afin que cet avenir ne se joue pas sans elle.

Pour aller plus loin:

La Charte africaine de l'entrepreunariat social

Entrepreneuriat social: 10 choses à retenir d'une mission en Asie et en Afrique

TIC et entrepreneuriat social : le pari réussi de l’Afrique

Références:

1 Malgré les évolutions notoires rendues possibles par les OMD à travers l’atteinte de nombreuses cibles, il faut reconnaître qu’ils n’ont pas permis d’atteindre les objectifs globaux qui lui étaient assignés. C’est pourquoi les 17 objectifs du développement durable se basent sur ces OMD avec pour finalité « d’achever la tâche commencée » voir http :www.undp.org/content/fr/home/post-2015-develpment-agenda.html

2 Martin, R. & Osberg, S. (2007). Social enterpreneurship : the case for definition, Stanford Social Innovation Review. Spring 2007.

3 Defouny, Develtere & Fonteneau (1999) cités par Portejoie, C. (2011). Impact des différentes visions de l’entrepreneuriat social sur la pratique des organisations ressources, Observatoire du Management Alternatif- Cahier de recherche. Paris : HEC.

4 Synthèse sur l’entrepreneuriat social. L’activité entrepreneuriale en Europe. Document publié en 2013 par la Commission européenne et l’OCDE.

5 Les Gic (Groupes d’initiatives communes) sont progressivement remplacées par des coopératives conformément aux exigences de l’OHADA (Organisation pour l’Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires).

6 Mendell, M. & Nogales, R. (2009). Social enterprises in OECD member countries : what are the financial stream s ?, in Noya, A. (Ed.), The Changing Boudaries of Social Enterprises, Paris : OCDE.

 

Sources de financement des entreprises sociales

Source                             

Présentation et exemples

Finance solidaire                            

« Art de traiter l’argent et ses multiples facettes (épargne, investissements, crédit, gestion de compte, etc.) en ayant conscience d’une responsabilité et d’intérêts communs qui entraînent pour les uns la volonté de porter assistance aux autres »6. On peut citer ici les coopératives financières et les Établissements de micro-finances comme la MC2 (Mutuelle Communautaire de Croissance) au Cameroun ; la MUCODEC (Mutuelle Congolaise d’Épargne et de Crédit) au Congo Brazzaville.

 

Philanthropie à risque

Application du modèle de capital risque à une stratégie d’investissement social. Elle consiste en la combinaison de l’octroi des ressources financières, des services de conseil aux entreprises et un mécanisme de suivi. Exemple : la fondation Mo Ibrahim du nom de son promoteur soudanais ; celle de l’Ougandais Ashish Thakkar par exemple intervient dans le renforcement des capacités et offre des fonds aux start-up et entreprises à hauts risques mais dont le potentiel de croissance est avéré.

Investisseurs institutionnels

Les fonds de pensions, les mutuelles, les assurances, les banques traditionnelles restent des sources de financements importants pour les entreprises sociales. D’autant plus qu’en Afrique le taux de bancarisation reste en général faible.

On peut citer dans cette catégorie des programmes spéciaux et des structures mis sur pied par les États en vue d’encourager l’entrepreneuriat. Exemples : FNE, Pajer-U, PIAASI.

Fonds propres et quasi-propres

Les entreprises sociales peuvent être financées sur fonds propres des membres ou sur un endettement dont l’investisseur ne subit pas en cas de pertes (quasi-fonds propres). La tontine par exemple très répandue en Afrique et les caisses d’Epargne des associations sont des ressources importantes à exploiter en fonction de la nature de l’entreprise.

Investisseurs individuels

Bien que plus rare en Afrique, les investisseurs privés et des groupes de particuliers sont soient des personnes nanties désirant placer leurs avoirs ou des groupes de personnes qui se mettant ensemble pour soutenir certaines initiatives locales. On peut citer comme exemple ici, les associations de développement de certaines localités, les associations des élites, entre autres qui sont de potentiels financiers d’entreprises sociales dont les intérêts sont orientés vers le bien-être des résidents de ces localités ou vers leur développement.

Marché des capitaux éthiques ou sociaux

Ce sont des marchés dans lesquels les investissements socialement responsables sont réalisés. Ces marchés sont plus rares en Afrique. En effet, bien que le marché des capitaux soit peu développés en Afrique, la création récente de la Douala Stock exchange (au Cameroun) et l’existence d’autres Bourses en Afrique telle que celles du Gabon et de la Mozambique offre de nouvelles opportunités de développement aux entreprises sociales. A condition que les investisseurs aient de bonnes garanties de leur investissement.

Financement collectif (Crowdfunding)

C’est une source de financement encore émergence basée sur internet. On compte aujourd’hui des centaines de plateformes de Crowdfunding. C’est par exemple le principal mode de financement des activités de l’organisation camerounaise « Generation Change ».

 

 

Tout projet commence par une idée

L’idée est le souffle qui donne la vie au projet. Sans elle, il ne pourrait avoir de projet. L’étude préalable du marché va permettre à l’idée de spécifier son activité et au projet de prendre forme.

Typologie des idées d’entreprise

Types d’idées            

Caractéristiques

Innovation technique                         

Nouveauté - invention réelle - susceptible d’application industrielle - besoin de financement généralement élevé - susceptible de protection.

 

 

Application nouvelle de techniques connues

L’innovation ne repose pas uniquement sur la technique mais sur l’adaptation à un nouveau marché ou un nouveau contexte, - la nouveauté peut reposer sur l’utilisation d’un produit ou d’un service connu dans une activité différente, - une approche différente du marché

Opportunité pure

Révélation d’une clientèle potentielle, - une affaire à ne pas manquer, - révélation d’une demande insatisfaite, - le marché vient à vous

Activité connue

Correspond à votre compétence, - maîtrise de l’environnement, - savoir-faire maîtrisé, - gain de temps dans la phase de création.

Typologie des activités : sous quelle forme vais-je me lancer ?

Typologies des activités           

Caractéristiques

Activité de fabrication

Surface, outils …

Activité de négoce

Entrepôts, savoir acheter, marché…

Service aux entreprises : B to B

Offre, prix…

Services aux particuliers : B to C

Mode de vente, Moyens de livraison

Activité agricole

Lieu, saisonnalité, vente, marché…

Activité mixte

Compétences prioritaires…

Où et comment trouver les idées ?

  • En observant la vie socioéconomique - Entreprises à succès ; Statistiques macro- et socioéconomiques ;  Etudes des filières ; rapports d’expertise ; Rapport des groupements patronaux et inter-patronaux, etc.
  • En suivant les médias - Presse généraliste et spécialisée : Internet ; radio et TV, avec une attention particulière sur l’actualité économique et sociétale.
  • Les idées des autres - Observer les success stories en entrepreneuriat (social surtout) ; Idées et projets primés ici et ailleurs ; etc.


 

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